Macron et Orban : opération séduction en Europe centrale

Malgré des positions différentes entre Macron et Orban, un rapprochement est en train de s’opérer. Pour s’émanciper de l’Allemagne ?

Le président Emmanuel Macron a rencontré le Premier ministre hongrois Viktor Orban. Ce dernier assure actuellement la présidence tournante du groupe de Visegrad (Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie) et a invité le président français à participer au sommet de ce groupe. On assiste à une opération de séduction mutuelle entre les deux dirigeants.

Un rapprochement sur fond de souveraineté européenne

Si Macron a pointé les exigences européennes en matière d’État de droit et de respect des valeurs européennes, plusieurs points d’accord ont été trouvés. En matière d’énergie nucléaire et de protection des frontières, les deux pays ont une position proche. Les deux dirigeants souhaitent aussi renforcer la base industrielle européenne.

La Présidence française du Conseil de l’Union européenne veut être utile à l’Europe. Elle le sera si elle est préparée avec tous. Ce travail, nous l’avons entrepris. À Budapest, je retrouve nos partenaires hongrois, polonais, tchèques et slovaques au sommet de Visegrád.

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) December 13, 2021

PM Orbán: V4 and France in agreement on patriotism and strengthening Europehttps://t.co/HhR80ag29i

— About Hungary (@abouthungary) December 14, 2021

Macron et Orban : deux dirigeants pas si différents ?

Macron est souvent présenté comme le seul candidat centriste, progressiste et pro-européen par excellence. Orban est de son côté présenté comme un conservateur eurosceptique et défenseur de l’illibéralisme.

Pourtant au-delà de ces apparences médiatiques les deux dirigeants sont beaucoup plus proches qu’on le pense. Les deux sont partisans d’une verticalité voire une personnification du pouvoir : Macron de par le rôle du président sous la Vème République est omniprésent dans les affaires publiques. En Hongrie, Orban fait souvent référence au gaullisme pour affirmer son modèle de gouvernance.

Macron avait rédigé une lettre à l’ensemble des Européens à la veille des élections de 2019. Celle-ci avait été critiquée par de nombreux gouvernements étrangers dont les Allemands, mais avait reçu un accueil positif de la part du Premier ministre hongrois.

Ce dernier a déclaré :

« Cela pourrait marquer le début d’un débat européen sérieux… Dans les détails, bien sûr, nous avons des divergences de vues, mais bien plus important que ces opinions divergentes est que cette initiative sera un bon début pour un dialogue sérieux et constructif sur l’avenir de l’Europe ».

Orban et Macron entretiennent une position ambiguë au sujet de la Russie. Macron a été favorable à un rapprochement avec le président Poutine. La Hongrie, dépendante de la Russie dans certains secteurs comme l’énergie, a une approche cordiale et mercantiliste avec Moscou.

Les concepts de souveraineté européenne et de protection des frontières avaient déjà rapproché les deux dirigeants en 2019.
Un axe entre la France et l’Europe centrale pour s’émanciper politiquement de l’Allemagne

Ces derniers mois ont été marqués par un nombre accru de rencontres entre le président Macron et les dirigeants d’Europe centrale. En novembre, le président français a rencontré le président puis le Premier ministre polonais respectivement sur les questions d’énergie puis sur la crise avec la Biélorussie. Avec cette rencontre au sommet du groupe de Visegrad, Macron touche les quatre pays d’Europe centrale.

Pour l’Europe centrale, et surtout la Pologne et la Hongrie, c’est une opportunité de contrebalancer leurs relations avec l’Allemagne. La nouvelle coalition allemande mettant l’accent sur l’État de droit et sur les questions LGBT risque d’être plus hostile que la CDU de Merkel. Un rapprochement avec la France permet d’avoir un nouvel interlocuteur en cas de conflit.

Pour la France, c’est évidemment la préparation de la présidence européenne qui est en vue. Néanmoins, ces entretiens avec les dirigeants d’Europe centrale combinés au traité franco-italien signé en novembre peuvent aussi révéler d’autres ambitions. La France ne chercherait-elle pas à multiplier des rapprochements diplomatiques afin de peser face à l’Allemagne ? Le fait de viser des pays dans la zone d’influence de l’économie allemande et parfois en désaccord politiquement avec Berlin renforce cette impression.

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