Guerre en Ukraine : Macron refuse toute «logique d’escalade» avec la Russie

LE POINT SUR LA SITUATION – Emmanuel Macron est revenu dans la presse tchèque sur ses propos tenus le 26 février. Il avait affirmé qu’un envoi de troupes occidentales en Ukraine ne pouvait «être exclu».

Alors que le Kremlin réagit à l’affaire des fuites dans l’armée allemande portant sur de potentielles livraisons de missiles Taurus à l’Ukraine, Kiev annonce avoir frappé un pont ferroviaire russe à plus de 750 kilomètres de la frontière. Le Figaro fait le point sur la situation ce lundi 4 mars.

Troupes en Ukraine : Macron affirme refuser toute «logique d’escalade»

Le président français Emmanuel Macron a affirmé lundi refuser «d’entrer dans une logique d’escalade», après ses propos controversés sur l’option d’un possible envoi, à l’avenir, de militaires occidentaux en Ukraine. «En réponse à une question qui m’était posée sur l’envoi des troupes, j’ai répondu que rien n’était exclu», a rappelé Emmanuel Macron dans un entretien au quotidien tchèque Pravo, dont un extrait a été mis en ligne lundi soir, à la veille de sa visite à Prague.

«Nous lançons le débat et réfléchissons à tout ce qu’il est possible de faire pour soutenir l’Ukraine», a-t-il ajouté. «J’ai toujours été clair sur le cadre qui était le nôtre, nous ne sommes pas en guerre contre le peuple russe et nous refusons d’entrer dans une logique d’escalade», a-t-il ajouté.

C’est la première fois que le chef de l’État français revient sur ses propos tenus le 26 février à Paris, à l’issue d’une conférence internationale sur le soutien à l’Ukraine. Il avait alors déclaré, au nom d’une doctrine d’«ambiguïté stratégique», qu’un envoi de troupes occidentales en Ukraine ne pouvait «être exclu» à l’avenir, tout en reconnaissant qu’il n’existait à ce stade pas de «consensus» parmi les alliés de Kiev.

À Prague, Macron doit préciser sa position sur l’Ukraine et les munitions

Emmanuel Macron se rend mardi à Prague où il devrait préciser son soutien à une initiative tchèque en vue d’acheter des munitions non européennes pour l’Ukraine. La visite en République tchèque vise à mettre en scène cette «attention particulière» portée à l’Europe centrale par le président français, a expliqué son entourage à la presse.

À un moment où il semble de plus en plus vouloir imposer son leadership dans le soutien à Kiev et le bras de fer avec la Russie, il va rencontrer son homologue Petr Pavel, qu’il avait reçu à Paris en décembre et avec lequel il va donner une conférence de presse en début d’après-midi. Et signer avec le premier ministre Petr Fiala un plan d’action 2024-2028 pour le partenariat stratégique bilatéral.

Emmanuel Macron se sait attendu. Au cours d’une conférence internationale organisée le 26 février au palais présidentiel de l’Élysée, il avait esquissé plusieurs pistes pour renforcer l’appui militaire fourni à l’armée ukrainienne, qui essuie des revers sur le front, face à ce qu’il a dénoncé comme un «durcissement» du Kremlin. Plus de 25 pays, essentiellement européens, doivent maintenant détailler ces solutions nouvelles, toujours sous la houlette de la France, et le président français doit ensuite se rendre d’ici à la mi-mars en Ukraine.

Parmi les idées qui ont pris la lumière à Paris la semaine dernière figure une initiative tchèque visant à acheter des munitions hors Union européenne, en raison de la pénurie actuelle qui complique la vie des soldats ukrainiens sur le champ de bataille, pour ensuite les leur livrer. Dès la mi-février, Petr Pavel avait évoqué quelque 800.000 munitions qui pourraient être envoyées en Ukraine «en quelques semaines» si les financements nécessaires (1,5 milliard de dollars, soit 1,38 milliard d’euros, selon le Financial Times) étaient rassemblés.

Longtemps réservé, Emmanuel Macron a annoncé la semaine dernière que son pays participerait à cette initiative mais sans chiffrer sa contribution contrairement à d’autres Etats comme les Pays-Bas, qui ont promis 100 millions d’euros. Les autorités tchèques espèrent qu’il le fera mardi. La visite «sera l’occasion de discuter de cette initiative» et éventuellement d’apporter ces «précisions», s’est borné à dire un conseiller français.

L’Ukraine dit n’avoir pas reçu 16 milliards d’euros d’aide collectés en 2022

Le premier ministre ukrainien Denys Chmygal a affirmé lundi que son pays n’avait pas reçu plus de 16 milliards d’euros d’aide collectés par la Pologne et la Commission européenne lors de deux conférences de donateurs à Varsovie en 2022, dans la foulée de l’invasion russe. «Ces fonds ont été réunis. Selon nos informations, plus de 10 milliards d’euros à la première (conférence) et plus de 6 milliards à la deuxième», a déclaré Chmygal lors d’une conférence de presse à Kiev, alors que son pays s’inquiète de l’effritement du soutien occidental après deux ans de guerre. Selon lui, ces fonds «ont été levés par la Pologne avec la Commission européenne pour le soutien de l’Ukraine». «Nous ne savons pas ce qu’ils sont devenus, ces fonds. Comment ont-ils été dépensés, qu’ont-ils soutenu? L’Ukraine n’a rien reçu», a poursuivi le chef du gouvernement.

Dans la foulée de l’invasion russe de l’Ukraine lancée en février 2022, les Occidentaux avaient annoncé le déblocage de dizaines de milliards d’euros en soutien à Kiev. Début avril 2022, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait annoncé à Varsovie qu’une campagne internationale de collecte de fonds avait permis de réunir 10,1 milliards d’euros pour soutenir les personnes déplacées en Ukraine du fait des hostilités. Le gouvernement polonais avait ensuite annoncé qu’une conférence de donateurs qui s’était tenue à Varsovie avait réuni plus de 6,3 milliards d’euros pour l’aide humanitaire à l’Ukraine.

La France détaille son aide militaire à l’Ukraine, évaluée à 2,6 milliards d’euros

La France a livré à l’Ukraine un total de 2,6 milliards d’euros d’équipements militaires depuis 2022, a affirmé lundi sur X le ministre français des Armées Sébastien Lecornu en détaillant ces matériels, alors que Paris est régulièrement accusé d’en faire moins que d’autres alliés de Kiev.

Dans un accord de sécurité signé avec l’Ukraine le 16 février à Paris, la France s’est en outre engagée à fournir en 2024 «jusqu’à 3 milliards d’euros» d’aide militaire «supplémentaire» à Kiev. Selon le Kiel Institute, qui place la France à la 16e place de son classement, la France a promis 640 millions d’aide militaire contre 17,7 milliards d’euros côté allemand.

L’UE veut muscler sa défense face à la menace russe

Face à la menace russe, la Commission européenne veut muscler les capacités de défense sur le continent. Bruxelles propose mardi de financer une partie des achats d’armes décidés en commun par les 27, comme cela a déjà été fait pour les munitions. «La menace d’une guerre n’est peut-être pas imminente mais elle n’est pas impossible», a plaidé la semaine dernière à Strasbourg la présidente de l’exécutif européen Ursula von der Leyen, appelant les Européens à se «réveiller de toute urgence». Il est donc essentiel, a-t-elle insisté, de «reconstruire (…) et de moderniser les forces armées des 27», après des décennies de coupes budgétaires dans le sillage de la fin de l’Union soviétique au début des années 1990.

La guerre en Ukraine a contraint Bruxelles à innover et la stratégie européenne de défense, que doit présenter mardi le commissaire européen Thierry Breton, s’inspire de certains des mécanismes mis en place dans l’urgence, dont le programme Asap d’achats de munitions. Ce programme va permettre, selon Thierry Breton, de porter à deux millions d’obus la capacité annuelle de production européenne en 2025, contre moins du quart de ce nombre avant l’invasion russe de l’Ukraine déclenchée le 24 février 2022. «Nous le faisons dans les munitions d’artillerie, nous devons désormais le faire sur l’ensemble des équipements nécessaires à notre sécurité», a plaidé l’ancien ministre français.

La Commission européenne propose donc de favoriser les acquisitions en commun d’armes, produites dans l’Union européenne. Car depuis l’invasion de février 2022, près de 70% des armements achetés par les Européens pour aider Kiev proviennent des États-Unis, a souligné un responsable européen sous couvert d’anonymat. Le but est de rattraper le retard et de rendre l’industrie européenne aussi compétitive que sa rivale américaine. Bruxelles va donc proposer aux 27 un «mécanisme européen» de ventes d’armes proche du modèle américain. Elle suggère ainsi la création d’un «catalogue unique» après avoir constaté que les Etats membres ne savent pas vraiment qui fait quoi dans l’Europe de la défense, fait valoir ce responsable européen.

Le Kremlin réagit aux échanges entre plusieurs officiers allemands

Le Kremlin a dénoncé lundi «l’implication directe» de l’Occident en Ukraine, après la diffusion sur les réseaux sociaux depuis la Russie, d’échanges présumés entre plusieurs officiers allemands sur des livraisons d’armes à l’Ukraine. Ces échanges, dont l’authenticité a été confirmée par Berlin, montrent «une fois de plus l’implication directe de l’Occident collectif dans le conflit en Ukraine», a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. «L’enregistrement lui-même témoigne qu’au sein de la Bundeswehr, on discute de manière détaillée et concrète de projets d’effectuer des frappes contre le territoire russe», a-t-il estimé. «Tout est plus qu’évident», a-t-il souligné. Cette déclaration intervient alors que l’ambassadeur d’Allemagne se rendait ce lundi matin au ministère russe des Affaires étrangères. Le gouvernement allemand a démenti la convocation de Graf Lambsdorff, affirmant que le rendez-vous était «prévu de longue date». Celui-ci a quitté le ministère sans faire de commentaires, selon les agences de presse russes.

Un enregistrement audio d’une réunion en visioconférence d’officiers de haut rang allemands avait été diffusé vendredi sur les réseaux sociaux depuis la Russie. Dès samedi, Berlin a confirmé que l’enregistrement était authentique et qu’il avait été «intercepté». Dans cette conversation, les participants parlent notamment de l’hypothèse de livrer à Kiev des missiles de longue portée Taurus, de fabrication allemande, de ce qui serait nécessaire pour permettre aux forces ukrainiennes de les utiliser et de leur impact éventuel. Son contenu est très embarrassant pour l’Allemagne, car Berlin refuse officiellement de livrer des missiles Taurus à Kiev, en arguant d’un risque d’escalade du conflit.

Bruxelles présentera le cadre de négociations mi-mars pour l’adhésion de l’Ukraine

La Commission européenne a confirmé lundi qu’elle présenterait courant mars aux États membres le cadre de négociations en vue d’une adhésion de l’Ukraine à l’UE. Cette échéance faisait l’objet d’une incertitude, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen ayant un temps évoqué «le début de l’été», avant d’indiquer trois jours plus tard, lors d’une conférence de presse à Kiev le 24 février, que cela aurait bien lieu «à la mi-mars». Lors d’un sommet mi-décembre, les dirigeants des Vingt-Sept s’étaient mis d’accord sur l’ouverture de négociations d’adhésion avec l’Ukraine, chargeant la Commission de leur soumettre un «cadre de négociations» après avoir examiné la situation du pays et les mesures déjà adoptées par Kiev.

«La présidente a dit récemment que ce serait dans le courant du mois de mars», a déclaré lundi le porte-parole de la Commission, Eric Mamer, interrogé sur le calendrier de la présentation de ce cadre de négociations, qui organisera les longs pourparlers d’adhésion avec Kiev. «Mais la question est de savoir quand le Conseil (représentant les États membres) sera en position de l’adopter», a-t-il poursuivi. Cette décision se fait à l’unanimité. Un sommet des dirigeants des Vingt-Sept est prévu les 21 et 22 mars.

L’Ukraine presse l’Occident de lui transférer les actifs russes gelés

Le premier ministre ukrainien Denys Chmygal a pressé lundi les Occidentaux de transférer à Kiev les 300 milliards d’euros d’actifs russes gelés afin d’éviter que des élections dans des pays alliés affectent le soutien à l’Ukraine face à l’invasion de Moscou.

«L’aide de nos partenaires est un outil extrêmement important, mais nous avons besoin de prévisibilité et de stabilité indépendamment du temps, des fluctuations politiques, des cycles électoraux qui auront lieu dans le monde», a déclaré Denys Chmygal lors d’une conférence de presse. «La confiscation des actifs russes devrait devenir une source fiable de soutien pour notre État», a-t-il ajouté.

Tusk réclame des sanctions européennes sur les produits agricoles russes et biélorusses

Le premier ministre polonais Donald Tusk a annoncé lundi que la Pologne réclamera à la Commission européenne des «sanctions complètes» sur les produits agricoles et alimentaires russes et biélorusses, au moment où l’UE est secouée par des protestations des agriculteurs.

«Je préférerais que l’ensemble de l’Union européenne décide de sanctions contre la Russie et la Biélorussie en ce qui concerne les produits alimentaires et agricoles», a déclaré Donald Tusk à la presse à Vilnius, estimant qu’une décision commune de l’UE serait «plus efficace» que des décisions individuelles prises par ses États membres.

Selon lui, de telles mesures permettraient à la fois «de rendre les sanctions plus réalistes» mais également «de protéger plus efficacement les marchés agricoles et alimentaires européens, lituaniens et polonais», ainsi que de «débloquer totalement les possibilités d’exporter les produits agricoles et alimentaires ukrainiens vers des pays tiers».

Kiev dit avoir endommagé un pont ferroviaire près d’une usine d’explosifs

Ironiquement, alors que la Russie condamne par avance l’éventuelle livraison de missiles allemands capables de la frapper dans la profondeur, le renseignement militaire ukrainien (GUR) a affirmé ce lundi avoir endommagé un pont ferroviaire dans la région russe de Samara (Volga), à plus de 750 km de la frontière ukrainienne, assurant que cette action ralentissait le transport de matériel militaire.

«Le GUR confirme que le pont-rail au-dessus de la rivière Tchapaïevka, dans la région russe de Samara, a été rendu inutilisable», a indiqué cette source, précisant que le pont avait été endommagé vers 6 heures locales par «la détonation» d’une partie de sa structure. «Cette ligne ferroviaire était utilisée par l’État agresseur pour transporter du matériel militaire, notamment des explosifs produits dans l’usine Polimer de la ville de Tchapaïevsk», poursuit le GUR dans un communiqué, en estimant que le pont sera hors service pour «un long moment».

Plus tôt, la société régionale des chemins de fer avait indiqué que l’incident n’avait pas fait de blessés et avait été provoqué par «l’intervention de personnes non autorisées», formule utilisée par les autorités russes lors de ce genre d’évènement. «Un engin explosif a endommagé un pilier du pont-rail» au-dessus de la rivière de Tchapaïevka, sur un tronçon reliant la localité de Zvezda à celle de Tchapaïevsk, selon une source au service de secours citée par l’agence officielle russe TASS. «Le trafic ferroviaire est actuellement suspendu sur ce tronçon», a précisé la société régionale des chemins de fer, sans plus de détails.

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