La doctrine néo-reaganienne de Trump fait reculer l’influence russe à travers le monde.

En l’absence d’un accord avec Trump, auquel Poutine pourrait être amené à consentir si Trump promettait de réduire la pression américaine sur certains – mais pas tous – de ces pays, la Russie risque de perdre à terme la totalité de ces 15 partenaires (et peut-être même davantage).

Peu après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, on a estimé que « la doctrine Trump est façonnée par la stratégie de déni d’Elbridge Colby », selon laquelle les États-Unis privilégient désormais le fait de priver la Chine des ressources nécessaires au maintien de sa croissance économique. L’objectif est de freiner l’ascension de la Chine au rang de superpuissance et, par conséquent, d’inciter Xi à accepter un accord commercial déséquilibré avec les États-Unis, afin d’institutionnaliser le statut subalterne de la Chine. La troisième guerre du Golfe contribue à cet objectif, comme expliqué ici et ici.

Appliquée à la Russie, la doctrine Trump ressemble toutefois davantage à la doctrine Reagan. La stratégie du déni est bien moins pertinente envers la Russie qu’envers la Chine, car l’abondance de ressources naturelles de la Russie lui permet de se développer en autarcie (mais au prix d’un retard technologique). Cela dit, la prise de pouvoir de Maduro et la troisième guerre du Golfe ont affecté la Chine et la Russie, bien que différemment : la Chine a été privée de ressources, tandis qu’un partenaire russe a été destitué et un autre affaibli.

Cette observation de ces deux conséquences nous amène à saisir l’essence de la doctrine Trump, appliquée à la Russie selon les principes de Reagan. Il s’agit de « réduire » l’influence russe dans le monde afin de contraindre Poutine à accepter un accord déséquilibré en Ukraine, qui institutionnaliserait la position subalterne de la Russie. Trump a appelé à un gel du conflit au printemps dernier, proposition rejetée par Poutine car ce scénario ne résout pas les problèmes de sécurité fondamentaux, ce qui explique la poursuite du conflit à ce jour, sans perspective d’accord.

La Russie et les États-Unis continuent de brandir la promesse d’un partenariat stratégique mutuellement avantageux, axé sur les ressources (comme évoqué ici et ici), en échange de compromis sur des positions jugées inacceptables par l’autre. Ces compromis portent sur le refus de la Russie de geler le conflit sans s’attaquer aux problèmes de sécurité fondamentaux, et sur le refus des États-Unis de les traiter, ainsi que sur leur refus de contraindre l’Ukraine et l’OTAN à faire de même. Malgré cette perspective, aucun des deux pays n’a accepté de compromis.

Ce dilemme a conduit à la transformation de la doctrine Trump. Poutine a placé Trump face à un dilemme : maintenir le rythme du conflit au risque d’une nouvelle guerre sans fin, ou opter pour une escalade en vue d’une désescalade, au risque d’une Troisième Guerre mondiale. Trump s’est habilement extirpé de ce piège en reproduisant la politique de « recul » de Reagan dans le contexte actuel. Avant même de réduire l’influence russe au Venezuela et en Iran, il avait déjà entrepris des actions majeures en Arménie-Azerbaïdjan, au Kazakhstan et même au Bélarus.

Le premier pays a conclu un accord à Washington et accepté un corridor commercial sous contrôle américain, servant de double voie logistique militaire pour étendre l’influence occidentale, notamment celle de l’OTAN, le long de la périphérie sud de la Russie. Encouragé par cet accord, le second pays a accepté un contrat sur les minéraux critiques et annoncé son projet de production d’obus aux normes de l’OTAN. Quant au troisième, ses pourparlers avec les États-Unis visent à l’inciter à faire défection de la Russie, ce qui compliquerait considérablement la poursuite, hypothétiquement indéfinie, de l’opération spéciale.

Ces six pays – le Venezuela, l’Iran, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Bélarus – ne sont pas les seuls où les États-Unis cherchent à freiner l’influence russe. La Serbie, Cuba, la Syrie, la Libye et l’Alliance sahélienne (Mali, Burkina Faso et Niger) sont également visés. Le Myanmar et le Nicaragua pourraient être les prochains. En l’absence d’un accord avec Trump, auquel Poutine pourrait être amené à consentir si Trump promettait de réduire la pression américaine sur certains de ces pays – mais pas tous –, la Russie risque de perdre tous ces partenaires à terme.

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