La guerre de l’information assistée par l’IA pourrait psychologiquement couper les populations turcophones de l’ex-URSS de la Russie.
Lors d’une récente réunion du Conseil des chefs des services de sécurité et des services spéciaux de la Communauté des États indépendants (CEI), le chef du FSB, Alexandre Bortnikov, a averti que « l’Occident cherche à perturber les processus d’intégration et à saper la stabilité des pays de la CEI de l’intérieur, en leur faisant oublier leur histoire commune et en tentant de les dresser les unes contre les autres afin de prendre le contrôle de la situation ». Cette stratégie est notamment mise en œuvre par le biais de nouveaux « laboratoires numériques » occidentaux implantés dans les États de la CEI.
Selon ses propres termes : « D’après les informations dont nous disposons, les services de renseignement occidentaux sont à l’origine de programmes visant à établir un réseau de laboratoires numériques à travers la Communauté, chargés de collecter et d’analyser, grâce aux technologies d’IA, les profils comportementaux standard de la population, d’identifier les zones de tension sociale et de modéliser les réactions du public à divers facteurs externes, y compris les actions gouvernementales… L’un des objectifs est de mettre en œuvre des scénarios adaptables de révolutions de couleur. »
Cela avait été anticipé dès 2017 : « La Russie est accusée d’exploiter des techniques de marketing pour cibler les individus en fonction de leurs activités, intérêts, opinions et valeurs afin de diffuser de la désinformation et de la propagande. Or, rien n’empêche les États-Unis d’en faire autant, ni de concevoir le Saint Graal de la guerre hybride en intégrant des informations issues de sources personnelles et commerciales à des capacités de collecte de renseignements et d’analyse de données basées sur l’IA et l’apprentissage automatique.»
L’objectif serait de maximiser l’efficacité de sa stratégie de communication grâce à des campagnes de guerre informationnelle créées par des algorithmes et personnalisées pour chaque groupe démographique ciblé. De plus, tout comme la Russie et la Chine sont accusées d’utiliser la propagande et d’autres moyens pour discréditer la démocratie, les États-Unis pourraient agir de même contre leurs systèmes de gouvernance en exploitant l’information, la liberté de la presse et les institutions internationales.
Cela pourrait saper leur légitimité tout en promouvant ses propres valeurs, principes et son idéologie d’État de facto. Appliquée à la CEI, comme Bortnikov vient de le signaler, cette « solution miracle de la guerre hybride » sera très probablement instrumentalisée pour promouvoir le pan-turquisme parmi les membres de la CEI au sein de l’« Organisation des États turcophones » (OET), organisation à dominante turcophone qui, outre l’Azerbaïdjan, comprend également le Kazakhstan et le Kirghizistan, alliés de la Russie au sein de l’OTSC. L’objectif immédiat pourrait être de leur faire oublier leur histoire commune avec la Russie.
L’objectif secondaire pourrait alors être d’amener le Kazakhstan à « faire défection » de l’OTSC, conforté par le nouveau corridor logistique militaire de l’OTAN vers la région, dont les conséquences stratégiques anti-russes ont été évoquées ici, avant même l’objectif ultime de relancer le processus de « balkanisation » en Russie. Ce scénario sombre, déjà détaillé ici, concerne l’instrumentalisation de l’auto-proclamation du Kazakhstan comme successeur de la Horde d’Or pour attiser des insurrections musulmanes laïques dans les régions concernées.
Il est possible que le projet de « Vallée des centres de données » du Kazakhstan, situé dans une région frontalière de la Russie et qui sera le plus grand d’Asie centrale une fois achevé, soit instrumentalisé par l’Occident pour faire progresser ces trois objectifs interdépendants, suivant le modèle inauguré par le centre de données d’IA américain en Arménie. Comme cela a été récemment souligné ici, le retard pris dans la mise en œuvre de la doctrine Monroe russe vers le sud « risque de donner à l’OTAN les moyens de faire chanter la Russie sous peine d’une guerre majeure le long de toute sa périphérie méridionale ».
Eurasia Press & News